« D'abord j'avais compris que je devais les renier, leur manquer de respect et leur faire payer. C'est ça qui me faisait bander, un mec à genoux devant moi qui obéit à mes injonctions pour que je l'aime un peu plus, et que je haissais plus il était obéissant. Une salope, un fils de pute. Je leur demandais leur prénom et quand il le disait en me regardant le regard brillant, comme si je leur avais dit je t'aime, je leur mettais une baffe et je disais ton nom c'est salope, bouffe-merde, chienne galeuse. Et ils baissaient la tête et la hochaient en soufflant oui, je suis une salope, maître. Fallait qu'ils paient, parce qu'ils étaient des fiottes, des pédales à la petite semaine, des fils de pute à peine digne de leur mère.
Et puis un jour j'ai trouvé que ce jeu ne m'amusait plus.
C'est venu d'un coup, dans une backroom à Mexico avec un mexicano de merde à genoux devant moi en train de me regarder et de me dire eres rico, eres rico à qui je répondais ta gueule. D'un coup je me suis demandé ce que je faisais là à 5h du mat' heure de Paris, debout, les jambes flagolantes et la bite qui molissait à vue d'oeil. Il est 5h, Mexico m'emmerde.
Mon foutre dans le plus de bouches possibles, ma course effrénée à la quantité de mecs avalée sur des kilomètres de chair musclée et fine, tendue vers moi comme offerte, en train de quémander à genoux de l'amour pour avoir de l'espoir et de la haine pour aimer ça. Tout ça d'un coup c'est devenu vain, comme de se branler et de disperser son foutre au vent pour qu'il aille poliniser les fleurs, une perte de temps, une sécheresse de l'âme. C'était vain, comme mon existence et le moteur qui me portait. »